NATASHA ANDREWS
Natasha Andrews a créé un magnifique livre intitulé Flow(s), qui me rappelle un mantra que j’ai beaucoup utilisé : « Feel the Flow ». J’étais déjà intriguée. L’année dernière, elle donnait un talk à l’événement Madame Figaro à Paris, le même matin où je donnais un talk sur l’alignement. Je suis donc restée pour l’écouter. Ce qui m’a immédiatement frappée, c’est la passion de Natasha pour ce qu’elle partage, son authenticité et son indépendance d’esprit.
Dans cette interview, nous parlons de son processus créatif, sa philosophie, ses rituels et de ce que l’alignement représente pour elle.
La première chose qui m’a marquée dans ton livre est cette magnifique conjugaison entre le fond et la forme… Peux-tu nous parler du processus créatif ?
Ce livre est né d’un besoin très personnel. Pendant des années, j’ai cherché à trouver un équilibre. À ne pas aller vers les extrêmes , ni les extrêmes du bien, ni les extrêmes du mal, mais plutôt à trouver un point d’ancrage, une forme de stabilité intérieure à travers une vie mouvementée.
Peu à peu, j’ai compris que la manière la plus directe d’y parvenir était de rester profondément connectée à la nature, d’entrer dans une forme de connexion presque symbiotique avec elle. Les saisons, les éléments, les cycles naturels sont devenus des repères très forts dans ma manière de vivre.
J’ai accumulé des pratiques, des lectures, des formations, des expériences et progressivement une manière de vivre s’est installée. À un moment, j’ai ressenti le désir de partager cela…
Dès le départ, je voulais que le fond et la forme soient indissociables. La beauté est pour moi une porte d’entrée vers le bien-être. Je voulais que le livre soit un objet que l’on a envie de garder, de feuilleter, de vivre.
Qu’est-ce qui te fait le plus plaisir quand tu vois ton livre ?
Le sentiment qu’il est fidèle à ce que je suis.
Qu’il soit à la fois esthétique, sensible, mais aussi concret et utile.
Et surtout, l’idée qu’il puisse accompagner quelqu’un dans son quotidien, doucement, sans injonction.
On sent dans ton livre que l’art de vivre décrit est réellement le tien. Cela a-t-il toujours été facile pour toi d’unir vie moderne avec des sagesses ancestrales ?
Nous vivons dans un monde moderne qui est quasiment déconnecté des rythmes naturels. Revenir à des sagesses ancestrales nous inspire à ralentir, à simplifier, à nous écouter nous-mêmes, mais aussi à observer davantage ce qui se passe autour de nous afin de vraiment réaliser que nous faisons partie de quelque chose de plus grand, de plus universel.
Puis je ne vois pas ces deux mondes comme opposés. Au contraire, j’aime l’idée de faire dialoguer tradition et modernité. C’est cet équilibre que j’essaie de cultiver au quotidien.
Être en bonne santé, calme et aligné ne veut pas dire ne pas profiter de la vie. Cela ne veut pas dire ne pas faire des écarts de temps en temps, ne pas être gourmand, spontané ou ne pas laisser place à une forme d’hédonisme.
Au contraire, c’est aussi ce que nous enseignent les sagesses ancestrales. En ralentissant, en laissant tomber nos rôles et nos façades, en revenant à quelque chose de plus simple, on arrive paradoxalement à profiter encore davantage du monde moderne.
C’est presque extraordinaire.
Quels environnements et activités stimulent ta créativité ?
La nature, avant tout. Et particulièrement la mer.
Le contact du corps dans la mer, l’immensité, le mouvement constant m’énergisent profondément. Cela m’anime et me fait énormément de bien. C’est souvent dans ces moments-là que l’énergie créative émerge naturellement. En fait pour moi, la créativité , ça passe par une forme de sensualité… être en contact direct avec la nature réveille ça en moi. Puis la mer, l’océan, j’ai souvent l’impression que tout devient possible lorsque je suis en contact avec elle.
Mais aussi les voyages, et particulièrement mes voyages en Inde. Là-bas, le voile entre la vie moderne et quelque chose de plus subtil est souvent très fin. Je me sens en contact direct avec l’essentiel, avec une forme de vibration universelle. Ce pays m’inspire profondément.
Et puis, il y a le calme. C’est dans le silence, dans le ralentissement, et surtout lorsque l’esprit devient apaisé et donc plus réceptif, que les idées les plus pertinentes émergent.
As-tu une pratique spécifique pour cultiver ta créativité ?
Oui, ma pratique intérieure.
Respiration, mouvement en connexion avec le corps, sensorialité, silence.
C’est pour moi une forme de reset mental.
Je ressens profondément que la créativité émerge lorsque l’esprit devient plus calme et plus réceptif.
Une grande partie de Flow(s) m’est venue pendant mes footings et mes longues marches dans la forêt. À un moment, je me suis mise à lui demander de me soutenir dans ce projet. Peu à peu, quelque chose s’est ouvert. Sans que cela soit ésotérique, j’avais le sentiment d’entrer dans une forme de connexion plus profonde. La forêt m’a aidée à clarifier mes pensées, comme si elle ouvrait un espace pour que les idées émergent. J’avais l’impression d’accéder à des connaissances qui étaient déjà là, simplement plus disponibles dans ces moments de calme et de mouvement.
Tu parles dans ton livre du fait qu’observer une graine pousser, cultive notre confiance en soi. Peux-tu nous en dire plus ?
Observer une graine pousser nous rappelle que tout prend du temps.
La nature nous enseigne la patience, la confiance et le rythme juste. On plante, on nourrit, puis on laisse faire. Cela rejoint aussi une idée très présente dans la philosophie vedantique, celle de Ishvara Pranidhana : agir avec intention, puis lâcher prise sur le résultat et faire confiance au processus.
C’est une belle métaphore pour la vie, pour les projets, pour les transformations personnelles.
À quoi ressemblent tes rituels du matin au printemps ?
Le printemps est une saison de réactivation. Je commence généralement par un gratte-langue et un bain de bouche à l’huile.
Ensuite, je pratique un massage profond du diaphragme et de l’abdomen, avec un travail autour d’Uddiyana Bandha, pour stimuler la digestion et activer les organes. Je draine ensuite vers les lymphes et le bas-ventre, plusieurs fois.
Je poursuis avec un drainage lymphatique du visage, puis des sauts pour activer la circulation du corps, stimuler le système lymphatique et fluidifier les fascias.
Je m’expose ensuite à la lumière naturelle, souvent lors d’une marche pieds nus dans l’herbe encore humide.
Je pratique le sauna quasi tous les matins aussi, suivi d’un bain froid.
Je termine avec un grand verre d’eau tiède avec :
un demi-citron
une cuillère à soupe d’huile d’olive de très grande qualité
une pincée de sel rose
En ce moment, je consomme aussi du shilajit dans de l’eau chaude. Cela m’énergise beaucoup et je sens que cela me fait du bien.
Le printemps est une transition clé. C’est le moment idéal pour soutenir le corps et relancer l’énergie. D’ailleurs, j’organise une retraite Revive Your Light du 1er au 3 mai à l’Hôtel du Palais à Biarritz.
Quelle place occupe l’intuition dans ta façon de prendre des décisions ?
Une place essentielle. Avec le temps, j’ai appris à l’écouter davantage. L’intuition est une forme d’intelligence subtile, souvent très juste.
Aujourd’hui, j’essaie d’équilibrer intuition et réflexion. Mais très souvent, lorsque je suis alignée et donc à l’écoute de mon intuition, les décisions deviennent plus évidentes. Les rencontres, les projets, les choses de la vie se mettent en place naturellement.
Tout devient effortless.
Que signifie être alignée pour toi ? Comment sais-tu quand tu l’es ?
Quand je suis alignée, je me sens calme, claire et fluide. La vie devient plus fluide. Les projets avancent plus naturellement, les rencontres se font au bon moment, les décisions deviennent plus évidentes. Il y a moins de résistance, tout semble se mettre en place plus facilement.
Je le ressens aussi physiquement. Quand je suis alignée, je me sens plus énergisée, plus légère. Ma peau rayonne, mon corps est plus détendu, mon esprit plus calme. Je trouve qu’il y a de vrais signes physiques de cet état.
Pour moi, l’alignement crée une forme d’équilibre profond. Quand l’esprit, le corps et l’intuition vont dans la même direction, tout devient plus simple, plus harmonieux.
Qu’as-tu appris sur toi au cours de ce projet ?
J’ai appris que l’on ne peut pas toujours prévoir la trajectoire d’une vie.
En écrivant ce livre, j’ai compris que tout ce que j’avais vécu depuis mon enfance me menait à ce moment-là, sans que je le sache. Cela m’a appris à faire confiance à la vie et au processus.
J’ai aussi compris que lorsque je me sens en confiance dans un projet créatif, je m’y investis pleinement. Créer dans l’alignement apporte une énergie très particulière. Ça vibre. C’est presque magique. C’est très fort.
Questions rapides
3 adresses favorites à Paris
La salle de sport de l’Hôtel Brach
Le Musée d’Orsay
Kunitorya
Un livre / film / autre ressource que tout le monde devrait connaître ?
Be Here Now — Ram Dass
Walden — Henry David Thoreau
Vivaldi, notamment avec harpe
Qu’est-ce qui est sur-coté selon toi dans le milieu du bien-être ?
Le quick fix.
Le bien-être est devenu quelque chose que l’on consomme, que l’on achète, parfois même une forme d’image ou de tendance.
Le bien-être n’est pas une tendance, c’est un chemin.
Qu’est-ce qui est sous-coté ?
La simplicité.
Un mantra que tu gardes en tête ?
SIMPLIFIER.
Natasha Andrews a été photographiée à l’hôtel Le Brach à Paris par Louise Skadhauge.

