Constanza Piaggio
Constanza Piaggio est une artiste argentine installée à Paris depuis plus de quinze ans. Diplômée en photographie et en cinéma, elle présente actuellement un nouvel ensemble d’œuvres à la Collection privée LAC à Paris, un espace épuré et baigné de lumière. On y découvre notamment sa série Latency, composée de quatre pièces, qui ont tout de suite captivé mon attention, en particulier par l’harmonie des couleurs et les jeux de textures. Dans son travail, on perçoit son attachement à la contemplation, à la nature et à l’histoire.
Dans cet échange, Constanza évoque son processus créatif, ses rituels d’ancrage et la manière dont elle a développé son regard.
As-tu toujours su que tu voulais être artiste - photographe ?
Je n’ai pas toujours su que je voulais devenir artiste. À l’école, j’étais plutôt indécise sur mon avenir. J’avais de nombreux centres d’intérêt et plutôt un profil littéraire. J’étais toujours très curieuse, mais aucun métier en particulier ne s’imposait comme une évidence.
Finalement, j’ai choisi de commencer des études dans une école de photographie, en me disant que c’était un outil suffisamment polyvalent pour s’adapter à cette diversité d’intérêts. Au départ, j’étais davantage attirée par la dimension « aventurière » de la photographie, notamment son potentiel documentaire et la possibilité d’explorer des contextes et des réalités différentes. Mais assez rapidement, je me suis orientée vers une pratique plus artistique et j'ai continué mes études en histoire de l'art et cinéma, qui correspondait davantage à ma manière de penser et de regarder le monde.
Quel est ton processus créatif ?
Je réfléchis tout le temps et je profite de chaque moment disponible pour travailler sur mes projets.
Ma manière de travailler a toujours été très conceptuelle : je commence par une phase de réflexion, puis je passe à la recherche formelle de l’image. Je pense aux sujets que je veux explorer, à ce dont j’ai envie de parler ; je lis, j’écris, je développe.
Une fois que l’idée est précise, je réfléchis à la manière de la traduire en image et je commence les tests. Cela se fait rarement dans l’autre sens.
Quels environnements et activités stimulent ta créativité ?
Ma vie est construite autour de l’art et de mon œuvre. Je vais tout le temps voir des expositions, et presque tous mes amis travaillent dans des domaines artistiques et créatifs, donc nos conversations tournent souvent autour de ces sujets. Heureusement, j’évolue dans un contexte très créatif et stimulant en général.
J’aime les balades pour bien réfléchir ; la nature m’inspire toujours, mais pas besoin d’aller très loin.
As-tu des rituels pour t’ancrer, te reconnecter à ton corps et à ton intuition ?
J’ai toujours eu besoin de me dépenser physiquement. Bouger est essentiel pour me sentir bien et pour clarifier mes pensées. Je me concentre d’ailleurs beaucoup mieux après avoir fait de l’exercice. Dans une routine idéale, je dirais aller à la salle de sport, pratiquer le yoga, marcher beaucoup… J’aime aussi énormément danser.
Ce sont des moments qui me permettent de me reconnecter à mon corps et, par extension, à mon intuition. Cela dit, ce n’est pas toujours facile de trouver le temps de maintenir cette régularité.
Comment ton œil artistique s’est-il développé ?
Je suis toujours à la recherche de moments esthétiques… Il a toujours été assez facile pour moi de trouver de la beauté autour de moi, dans les moindres recoins. C’est un réflexe naturel : je suis curieuse, je regarde partout. Cela fait partie de ma manière de regarder le monde au quotidien.
Je consomme énormément d’expositions, de livres, de podcasts et de films. Je rencontre tout le temps des artistes et des personnes intéressantes qui me font découvrir de nouvelles choses. J’ai tellement de choses à apprendre que je reste toujours ouverte, dans une forme d’évolution constante. Je ne suis jamais la même personne, donc mes goûts ne sont jamais les mêmes. Bien sûr, certaines attirances persistent au fil des années, mais j’aime l’idée du renouvellement.
Quels artistes t’inspirent ?
Mes références sont multiples et en constante évolution. Je suis toujours heureuse de découvrir de nouveaux artistes, ainsi que de redécouvrir des artistes plus anciens avec lesquels je me sens connectée. Quelques noms qui me viennent en tête : Sophie Call, Wolfgang Tillmans, Pierre Huygues, Joan Mitchell, Noémie Goudal, Remedios Varo, Grete Stern…
Aurais-tu un conseil à donner à quelqu’un qui aimerait se lancer dans le milieu de l’art ?
Se lancer dans le milieu de l’art demande de la persévérance et une certaine capacité à accepter l’incertitude. C’est pourquoi il me semble essentiel d’être profondément connecté à ce que l’on fait, afin de pouvoir tenir sur la durée.
Mon conseil serait donc de suivre une pratique qui a du sens pour soi, et de rester fidèle à cette direction, même lorsque le contexte extérieur est instable ou exigeant.
Questions rapides
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Qu’est-ce qui est sur-coté selon toi dans le milieu de l’art ?
Les foires :))
Qu’est-ce qui est sous-coté ?
Les artist-run space... les espaces gérés par des artistes.
Un mantra que tu gardes en tête ?
« Le moment présent » est un mantra qui peut sembler simple, mais qui est en réalité très difficile à appliquer. Il me rappelle l’importance de revenir à l’instant, sans anticiper de manière excessive, ni rester dans ce qui est déjà passé. C’est une forme de rappel à la concentration et à la présence, surtout dans un travail où l’attention et la perception jouent un rôle central.
Constanza Piaggio a été photographiée à Paris par Louise Skadhauge.

